06 décembre 2009
Les amants de l'ombre

Diffusé sur France 3, mardi 8 décembre, ce téléfilm produit par Eloa Production et France Télévision dévoile une autre facette du talent d'Anthony Kavanagh, humoriste, animateur, et comédien capable d'incarner avec subtilité un GI noir déchiré par l'envie de vivre un amour sur lequel pèse l'interdit de la relation avec la femme blanche et le devoir d'obéissance aux officiers blancs dotés du pouvoir de vie et surtout de mort sur les soldats "colored" engagés dans l'armée des libérateurs de la Seconde Guerre Mondiale.
Synopsis
France, 1945, Fontenay, commune française d'environ 500 habitants. Parmi eux, Louise (Julie Debazac) infirmière du village, s'accommode avec difficulté des contraintes liées à sa vie au domicile des parents de son mari, réquisitionné par l'Allemagne. Entière et décidée, elle prend la défense des femmes soupçonnées d'avoir "fauté avec l'ennemi" et affronte avec détermination les FFI (Forces françaises de l'intérieur), ivres du pouvoir offert aux apprentis tyrans soudainement promus vengeurs des outrages à la patrie.
L'installation provisoire d'un campement américain sur un terrain communal va bouleverser sa vie tracée d'épouse fidèle lorsque Gary Larochelle (Anthony Kavanagh), séduisant GI noir vient au ravitaillement à la ferme des beaux parents de Louise.
Ils se croisent, il la veut, elle le fuit.
En le voyant elle a reconnu l'élan qui bouleverse le corps et déboussole les coeurs. Elle est mariée, mais seule, livrée à la vindicte de sa belle mère, Mathilde Venturi (Delphine Rich), qui guette chaque occasion d'entrer en conflit avec celle qui lui a "pris son fils".
Pourra t-elle résister à l'appel de cette pulsion de vie qui la pousse dans les bras du bel américain ?
Cèdera t-elle à l'amour adultère, avec un homme, qui, lui, du fait de sa peau noire, risque sa vie pour une histoire d'amour avec une femme interdite ?
Une succession d'antagonismes locaux vont révéler les âmes d'êtres, qui, sans ce conflit mondial n'auraient jamais été que des personnes sans histoires.
Mais, comme pourrait le dire Jean-Louis Bory, auteur de Mon village à l'heure allemande, Prix Goncourt 1945, les gens sans histoires se prêtent à la petite histoire, celle qui permet de comprendre la grande.

Ce film est avant tout une romance, telle que celles filmées par Douglas Sirk, qui savait aborder les sujets tabous des années 1950 aux É tats Unis, en restant dans le récit amoureux.
Si le trait stylistique caractéristique de l'œuvre de Sirk est à chercher dans ses couleurs, Philippe Niang a lui aussi réussi à imprégner les situations de couleurs indiquant les états d'âme des protagonistes. Le travail du directeur de la photo, Dominique Bouilleret, est remarquable. Froid sur la belle-mère abusive, l'éclairage se réchauffe sur les amants réunis dans la chaleur des sentiments partagés.


Comment êtes vous arrivé sur ce téléfilm ?
Philippe Niang m'a proposé le rôle en octobre 2008, j'ai dit oui, par principe et quand j'ai lu le scénario, j'ai su que mon choix spontané était excellent.
Connaissiez-vous l'histoire de ces GI'S ?
Je savais que des soldats noirs américains s'étaient battus en Italie, mais j'ignorais qu'il y en avait eu aussi en France. A l'époque de la ségrégation, au sein de l'armée américaine, on pensait que les Noirs n'étaient pas assez intelligents pour être enrôlés. L'escadron Tuskegee a démontré le contraire. Étrangement, aujourd'hui, l'armée est un ascenseur social.
Est-il difficile de passer du registre comique à un rôle dramatique ?
Vous savez, en Amérique du Nord, on utilise les humoristes pour sortes de shows : cinéma, animation à la télévision, scène. Un humoriste est habitué à jouer des personnages : une femme, un homme, un enfant.
L'humour est souvent considéré comme un genre mineur. Il est beaucoup plus difficile de faire rire quelqu'un que de le faire pleurer. Monter sur une scène en annonçant "comique" sur une affiche, c'est extrêmement téméraire. Si pendant une minute, les gens ne rigolent pas, c'est très long. Une minute sur scène sans rires, c'est une éternité. Sur un plateau de cinéma, on nous laisse le temps d'émouvoir, sur scène, le public s'attend à rire immédiatement, le rythme est très différent.
Est-ce plus reposant de vous appuyer sur un scénario, sans avoir cette nécessité d'être à l'affût des rires et situations comiques ?
Non. Sur scène, on donne tout, et le spectacle s'arrête. Face à la caméra, il faut garder son énergie plus longtemps, c'est épuisant. Par exemple si je joue une scène triste, je dois rester dans la tristesse toute la journée. Et surtout, ce qui me tue dans le cinéma,p ar rapport au spectacle, c'est le temps de préparation des scènes, la mise en place du décor, des lumières. Il faut attendre, attendre, attendre.
Devez-vous attendre la création d'un personnage Noir pour obtenir un rôle ?
Si vous observez le nombre de films et de téléfilms dans lesquels jouent des Noirs, vous remarquez un certain retrait de la France. Il est difficile pour un humoriste d'avoir un premier rôle, et c'est encore plus difficile si cet humoriste est noir. Au Canada, ça fait 25 ans que des présentateurs noirs sont à l'antenne et dans les téléfilms.
Je ne crie jamais au racisme pour rien : récemment, au retour de vacances aux Caraïbes, à l'escale à Miami, je me suis trouvé dans une file d'attente constituée majoritairement de Français Blancs. J'étais le seul Noir parmi eux. A la douane, la seule personne arrêtée, ce fut moi. J'ai donc rejoint une autre file d'attente "pour" Hispaniques et Noirs ! Arrivé devant le douanier, lui même d'origine étrangère, je lui ai demandé s'il arrivait parfois que des Blancs soient dans cette file. D'un signe de tête, il a répondu négativement.
Pensez-vous que ce genre de téléfilm va provoquer d'autres évolutions ?
Absolument ! Je suis très fier de cette maison de production afro-française qui a, dans un premier temps, suscité des commentaires très négatifs. Du style "Ce sont des Africains, ce n'est pas sérieux, ça n'aboutira pas...", alors que le directeur de production est un des meilleurs en France. Il a travaillé avec Jean-Pierre Jeunet sur "Un long dimanche de fiançailles", entre autres films.
Aimeriez-vous jouer un sale type, comme Bourvil dans "La traversée de Paris" ?
J'adorerais cela ! Le but de ce métier, c'est d'être quelqu'un d'autre. Je rêve de jouer les psychopathes. Quand on est gentil dans la vie, on a envie de jouer les méchants.

Julie DEBAZAC (Louise Venturi)- Crédit photo © Eloa Production / Gil Zobda.
Bien sûr, j'ai sauté de joie. C'est très rare de pouvoir interpréter un personnage aussi fort. Pour un tel caractère, la notion de temps est très importante. Il est nécessaire de se lâcher très vite, il faut pouvoir s'appuyer sur les partenaires, sur l'équipe de tournage.
Philippe Niang aime que le plateau dégage une ambiance sereine, il nous a laissé cette part d'écoute qui permet de construire le jeu. Il raconte une histoire en l'écrivant, en la filmant. Aujourd'hui, on a tendance à perdre cette notion de narration.
Comment se prépare t-on à jouer un personnage aussi transgressif ?
Pour moi, la construction d'un personnage personnage est très physique. Cela va de la tête aux pieds. Les chaussures, les costumes sont très importants. C'est une femme instinctive, qui exprime son empathie par des gestes. Lorsque Gary Larochelle lui dit : "Tu n'est pas Noire, tu ne peux pas comprendre", elle n'a pas de réponse verbale, elle le prend dans ses bras. Avec Anthony, nous avons travaillé dans le partage et l'écoute, nous avons fait des lectures du scénario, chez Philipe Niang. Nous n'avons pas toujours cette chance. Souvent, sur les tournages, les comédiens se croisent sans communiquer sur les rôles. Anthony est très physique, cela m'a beaucoup aidée à fixer les gestes de cette femme très déterminée, et très contemporaine dans son refus de soumettre ses émotions aux conventions.

Au départ, elle était extrêmement raciste, très négative. Cela m'a fait peur. Elle me semblait trop caricaturale. J'ai beaucoup parlé avec Philippe, (Niang), on a arrondi les angles et on a gommé les aspects trop durs. Elle est assez terrible. J'ai essayé de penser à sa souffrance pour réussir à l'interpréter. Elle est très rude, c'est une taiseuse.
Dans le fond cette femme est une petite fille qui n'a jamais vraiment vécu. Elle a subi le joug familial, lorsqu'elle voit sa belle fille s'accorder ce qu'elle n'a sans doute jamais connu, c'est insupportable pour elle. Elle est très seule. Elle n'a de véritable échange qu'avec son fils.
Cela a été un choc de me voir dans un rôle aussi terrible. Mais j'étais heureuse de pouvoir changer d'emploi. On me donne souvent des rôles de bourgeoises autoritaires, là, je suis une paysanne, même si on reste dans une certaine autorité. Et j'ai appécié de jouer un téléfilm historique, c'est amusant de changer d'époque. La scène du bal était très troublante : nous étions transportés dasn un autre univers.
Quels rôles aimeriez-vous interpréter dans les prochains mois ?
J'aimerais aller vers la comédie et jouer des personnages complètement déjantés, ou bien une femme amoureuse. On me trouve souvent impressionnante physiquement, du fait que je suis grande. Du coup, je joue les femmes dominantes. Mais j'aimerais explorer d'autres registres.
17:46 Publié dans Beautiful Stars | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : anthony kavanagh, soldats noirs americains, gi's, vezelay



