21 septembre 2009

Le souffle du rock'n'roll : l'enfer au musée Maillol

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Brasier luisant de l'éclat des stars consummées par ses flammes, le rock griffe les lambris du musée Maillol jusqu'au 26 octobre 2009.
Bye bye, bye baby, bye bye, l'exposition de trente planches originales de l'album Rock Dreams, paru en 1973, conçu par Guy Peellaert, peintre, et Nik Cohn, journaliste, historien et critique de rock anglais, remet en lumière les mythes qui ont fracassé la chanson populaire mondiale dans les années 50. "Le rock est sorti des marécages de Virginie, calmement et lentement, avec une précision extrême, limité dans son rythme, et difficile à apprivoiser. Certains y voient une éclatante présence divine, d'autres l'associent à la dure réalité du rêve américain" chantait Jim Morrison dans The Wasp, en 1971, année de sa désintégration dans la drogue et l'alcool.
Jimi Hendrix, Janis Joplin, Elvis Presley, autres légendes calcinées par le star-system, figurent parmi les personnages de cette galerie    imaginaire reconstruisant en images le parcours du rock commme on peignit les actes des apôtres pour l'édification des âmes perdues.
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Perdus, les adorateurs de la musique profane portée au sommet des charts par Hank Williams, Chuck Berry, Little Richard, Jerry Lee Lewis, déploraient la fin du mouvement rock à l'arrivée de la pop. Selon Bertrand Lorquin, Conservateur du musée Maillol "Dans les années 70, le rock était en perte de vitesse, fragilisé par le folk, la pop... Ses fans se morfondaient en silence. Alors que personne n'y croyait plus, Guy a donné une écriture et un sens à cette musique. Il nous avait compris, nous n'étions plus seuls".
Guy Peellaert, né le 6 avril 1934 à Bruxelles dans une famille de riches bourgeois, a suivi dès son adolescence réfractaire aux conventions de son environnement privilégié, l'émergence des nombreux genres musicaux du Sud des Etats Unis, desquels surgira le fameux That's All Right Mama enregistré le 5  juillet 1955 par Elvis Presley, dans les studios de Sam Phillips à Memphis.
Graphiste, peintre, il débute comme décorateur de théâtre et participe au renouveau de la bande dessinée française des années 60. Tandis que Serge Gainsbourg écrit ses premiers succès pour France Gall : Poupée de cire poupée de son (1965), Les sucettes à l'anis (1966), il s'installe à Paris et rejoint la bande du mensuel satirique Hara-Kiri lancé en 1960.
Sous la houlette de Georges Bernier (alias le Professeur Choron) et de François Cavanna, ce magazine oriente la bande dessinée vers un public adulte, bercé par le duo torride de Je t'aime... moi non plus.
En 1962, Jean-Claude Forest crée Barbarella, l'une des premières héroïnes sexy du neuvième art. Inspirée par Brigitte Bardot, elle incarne la libération sexuelle et le bouleversement des moeurs inhérent à l'affirmation de l'égalité des sexes en Occident.
Toute la société française n'étant pas encore prête à accepter l'image d'une femme émancipée, la publication en 1964 par Eric Losfeld des albums de la pulpeuse voyageuse de l'espace suscite ce qu'il faut de scandale pour la consacrer comme première bande dessinée érotique.
Aimons, foutons, ce sont des plaisirs
Qu'il ne faut pas que l'on sépare;
La jouissance et les désirs
Sont ce que l'âme a de plus rare.
D'un vit, d'un con et de deux cœur
Naît un accord plein de douceurs
Que les dévots blâment sans cause.
Amaryllis, pensez-y bien :
Aimer sans foutre est peu de choses,
Foutre sans aimer, ce n'est rien.
Écrivait Jean de La Fontaine trois siècles avant 69 Année érotique.
Le grand public ne connaissait pourtant du fabuliste que Le loup et l'agneau !
La génération du baby boom, en accédant plus facilement à l'Université, se découvre de nouvelles exigences culturelles auxquelles savent répondre des auteurs, musiciens, peintres, sortis de l'underground, tels Guy Peellaert. Ses Aventures de Jodelle, sur un scénario de Pierre Barbier, paraissent en 1966 dans Hara-Kiri. Jodelle, avatar de la chanteuse Sylvie Vartan et motocycliste longiligne court vêtue, évolue dans un décor Pop Art parodiant les films d'espionnage des années 60.
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Pravda, la survireuse, sa seconde héroïne paraît en 1968 (modèle : Françoise Hardy) et confirme l'évolution de la bande dessinée vers un érotisme élégant, flirtant avec la mode, l'art, et la littérature. Quatrième sur l'échiquier des hommes qui aimaient les femmes  en cuissardes : Valentina, déesse aux traits veloutés inspirés de Louise Brooks, soumise aux fantasmes exubérants de Guido Crepax dans Neutron, récit graphique publié à partir de 1965 dans Linus, magazine italien de bandes dessinées.
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Fasciné par la culture américaine, Guy Peellaert étend ses activités de graphiste à la réalisation d'affiches de cinéma :
Paris, Texas ; Les Ailes du désir ; Taxi Driver... L'idée lui vient de  réaliser de "petits films" mettant en scène les héros du show business qui fait vibrer le monde depuis que la "musique de nègres" a pris possession de jeunesse. Réduit à "une forme d'expression vicieuse et dégénérée", susceptible de n'intéresser que les adolescents de la classe ouvrière ou de la communauté noire, le Rock’n Roll cristallise à ses débuts les critiques racistes et réductrices quant à son apport musical.
En 1973, son histoire chaotique publiée sous le titre  Rock Dreams remporte un succès considérable en Europe et aux Etats Unis. Les 125 tableaux de Peellaert illustrant de brefs textes incisifs de Cohn offrent une chorégraphie des idoles qui ont accompagné le rêve américain. La technique de l'aérographe apporte la douceur et l'effet photographique souhaités par le peintre pour transporter le public dans une réalité rêvée.
Fats Domino, Bill Haley, The Beach Boys, The Beatles... tous sont mis en image dans un style bollywoodien, insérés dans des histoires réelles et imaginaires. Rolling Stone en quintet sadomaso surpris sur la moquette en poil de singe abricot d'un Holyday Inn. Ray Charles au volant d'une de ces "belles américaines" ayant fait la fortune de Général Motors. Janis Joplin en robe de scène pailletée reposant sa solitude et sa bière sur le lit d'une chambre totalement nue...Même enveloppée du froid manteau de la mort, la star reste glamour dans cet album du succès d'un style marqué par le sacrifice de ses adeptes les plus vulnérables.

En 2003, cinq ans avant son décès, Guy Peellaert disait dans Beaux Arts Magazine : "Je n'ai pas peur de la mort. Ce qui est terrible, c'est la vie sans passion. C'est pourquoi Rock Dreams plaît encore aujourd'hui. L'émotion vous maintient vivant. Le Rock représentera toujours le luxe, le clinquant, la fantaisie. Ces images sont un souvenir de ce rêve.

Musée Maillol, 61, rue de Grenelle, 6e. M° Rue du Bac.
Tlj sf mar. et jours fériés 11h-18H.

A voir aussi au musée "Le parcours d'une collectionneuse" : présentation du 3 septembre 2009 à fin janvier 2010, de 15 huiles et 20 gouaches de Serge Poliakoff (1900-1969).