A 150 pas du Moulin Rouge, "Eros vinyls, histoire de l'érotisme à travers 60 ans de vinyles" nous fait danser les pupilles en orchestrant 120 pochettes de disques 33 tours réunies pour leur érotisme et leur graphisme audacieux.
Rassemblée par Matthieu Flory, directeur des Editions Ereme, cette collection trouve une place de choix au Musée de l'érotisme, temple savamment édifié par Alain Plumet, conservateur d'un lieu dédié au charme, à la fantaisie et aux péripéties de l'amour et du sexe.
Organisé par catégories : disco, bondage, chanson française, funky, gros-plan..., ce parcours démontre que les disques, destinés au plaisir sonore, savaient d'abord captiver le regard par des pochettes mettant en scène les fantasmes les plus acceptables et les icônes du cinéma.
Le Musée de l'érotisme
L'illustration sonore est assurée à l'accueil par Deborah, à qui je dois la découverte de Jehro, reprenant "Les passantes" de Georges Brassens
Si, à l'instar des supermarchés et eros center cernant le quartier, la boutique du rez de chaussée présente bijoux sensuels, gadgets et littérature sexuels, un texte extrait de "L'érotisme primitif" de Lucienne et Jésus Romé, présenté dans une des vitrines du rez de chaussée, donne le ton et le fil conducteur de la visite.
"L'échange amoureux, qu'il se situe au niveau du dialogue ou à celui de l'acte sexuel, a toujours été pour l'homme d'une importance fondamentale. C'est pourquoi l'on peut dire qu'il fait partie intégrante de l'histoire. Tant qu'il lui reste des forces et même s'il a faim, s'il est en guerre ou à l'article de la mort l'être humain refuse de nier sa sexualité. L'érotisme est une sorte de révolte contre la mort, de culte à la vie".
Alain Plumet, qui a sélectionné soigneusement cet extrait raconte l'histoire du Musée :
"Un musée sans tutelle de l'Etat".
Prévoyez deux heures de visite pour apprécier la richesse des oeuvres présentées sur cinq étages et un sous-sol. Dessins, peintures, sculptures, livres films, démontrent l'étendue du répertoire amoureux de tous les temps et toutes les classes sociales. Fantasque, étrange, créatif, cru, déroutant, amusant, spirituel, voire rituel, le sexe inspire, dérange, intrigue mais surtout, exprime la vitalité des créateurs à son écoute.
"Ce musée témoigne de l'érotisme sacré".
Nous évoquons au cours de cet entretien "Polissons et galipettes", une composition de petits films libertins du siècle dernier, réalisée et produite par Michel Reilhac et Mélange Production, projetée en permanence au Musée de l'érotisme. Sous leurs titres moins offensifs que ceux des années 70, LA FESSEE A L’ECOLE (1925), MOUSQUETAIRE AU RESTAURANT (1920), LA VOYEUSE (1924), MISS BUTTERFLY (1925), recèlent leur trésor de femmes de chambres troussées, vicaires en roue libre, écolières dissipées.
Selon Michel Reilhac "Il semble que dès les premiers jours du cinéma muet, la caméra ait servi à satisfaire les besoins les plus primaires du voyeurisme qu’elle permettait d’assouvir en filmant les ébats amoureux. Il est certain que toute une production clandestine s’est très rapidement, dès le tout début du vingtième siècle, mise en place pour alimenter les collections érotiques d’amateurs.
Ces films ont aussi rapidement été programmés en séances à heures fixes dans les salons d’attente des bordels sophistiqués. Le but de ces séances était double : elles offraient une manière émoustillante d’attendre que ces dames soient disponibles, une sorte de mise en bouche, et elles permettaient aussi aux jeunes hommes amenés là pour la première fois par leurs oncles (souvent le dimanche après la messe), de prendre leurs premières leçons d’éducation sexuelle.
Ils y découvraient ébahis le corps des femmes et surtout comment l’honorer. Une fois initiés de la sorte aux secrets virils ils pouvaient passer aux travaux pratiques. Ainsi pouvaient se transmettre les gaillardes traditions de l’amour vu par les hommes."
Les collections permanentes offrent un fonds documentaire très riche, relatif à la prostitution en France, collecté par Romi, journaliste et auteur, avec Alphonse Boudard de "L'âge d'or des maisons closes" re-édité en octobre 1990 chez Albin Michel.
Destiné à un public adulte, le message transmis par ce foisonnement sensuel reste celui du KâmaSûtra :
Du sanskrit Kâma "Le désir", et de sûtra "L'aphorisme". Soit au sens littéral : "Les aphorismes du désir". Il s'agit d'un recueil indien écrit entre le IVème et le VIIème siècle, traduit pour la première fois en 1876 par Sir Richard Francis Burton, explorateur génial, érudit, qui s'affubla d'une épouse plus soucieuse de ménage que d'ethnologie. A la mort de son intrépide mari, elle brûla toutes les archives des épopées et découvertes fabuleuses de l'aventurier pour ne pas "déshonorer" la famille.
Composé en accord avec les principes des saintes écritures, pour le bénéfice du monde, par Vâtsyâyana alors quil menait la vie d'un étudiant en religion à Bénarès et qu'il était profondément engagé dans la contemplation de Dieu. Il considérait le plaisir sexuel comme le symbole de la béatitude suprême et comme l'un des moyens qui y conduisent. Le propos de son ouvrage était de faire parvenir à la saine jouissance des plaisirs charnels mais aussi de laver l'esprit de tout trouble, donc de toute souillure.
Souvent richement illustré de miniatures, il prodigue des conseils de séduction pour une vie harmonieuse dans le couple, notamment au travers de positions sexuelles (bien que les 64 positions aient fait la popularité de l'ouvrage, elles ne constituent toutefois qu'un chapitre du livre à proprement parler), destiné à l'origine à l'aristocratie indienne.
Le Kâmasûtra, qui n'est donc pas seulement consacré au sexe, traite également d'un art de vivre qu'une personne cultivée se devait de connaître. Il aborde par exemple l'usage de la musique, la nourriture, les parfums...
À l'origine, le Kâmasûtra était essentiellement destiné aux hommes et aux courtisanes. Cependant, le livre donne aussi des conseils aux femmes et aux couples et indique que les hommes n'étaient pas tenus à la seule relation sexuelle, mais devaient aussi maîtriser les baisers, les caresses, les morsures et les griffures. Il décrit un certain nombre de positions, mais également le comportement à tenir par les partenaires pour laisser ensuite place à leur imagination.
"Dès que la pornographie est proche de l'humour, elle rejoint l'érotisme".