20 avril 2011

Christian Rauth guest star au Camping Paradis

christianrauthforbeautiful.jpg

"Écrire une bonne histoire c’est essentiel mais si vous n’avez pas les acteurs pour jouer votre partition et mettre en valeur votre musique,  vous n’aurez jamais un bon film".

Christian Rauth, comédien, scénariste, écrivain, séjourne au Camping Paradis, série à succès produite par Richard Berkowitz et Nicolas Douay au sein de JLA Productions, diffusée sur TF1.

Revêtu de noir, il interprète un gitan guitariste virtuose et père irascible, dans l'épisode Roméo et Juliette au camping, à voir ce lundi 25 avril à 20h45.

J'ai eu le plaisir de l'interviewer pour TF1.


Comment vous êtes-vous préparé pour ce rôle ?

Je me prépare toujours un peu de la même façon, selon deux idées directrices. D’une part l’habit fait le moine. Une fois le costume trouvé, on a 80% du personnage. Nous avons passé une journée à fixer ce look assez sobre, sans être dans la caricature. Nous voulions éviter les chaînes, gourmettes et anneaux dans les oreilles. C’est un gitan classique, un peu comme les Gipsy Kings.

C’est surtout un artiste de haut niveau, qui ne tient pas à accentuer le côté paillettes de ses spectacles. Nous devions trouver quelques accessoires justes, marquant son appartenance à la culture gitane. Comme certains gitans du sud de la France, j’ai choisi de porter un chapeau, qui ne m’a pas quitté durant tout le tournage.
D’autre part, pour chaque scène, il faut trouver la vérité de la situation. C’est un peu ce que James Cagney expliquait à Milos Forman, qui lui demandait comment font les acteurs pour jouer : "Je me mets devant mon partenaire, les deux pieds posés au sol et je lui dis la vérité". C’est une des plus belles explications que je connaisse de mon métier : la vérité de la scène et de la situation. Ensuite, il importe d’être le plus sincère possible. Si vous êtes dans la situation, le personnage est là.

Avez-vous des points communs avec lui ?
Comme lui, je suis assez soupe au lait. Je peux me mettre en colère pour défendre une histoire, une idée qui me tient à cœur, ce qui n’est pas toujours simple pour mes collaborateurs. Je ne suis pas souple et discipliné, mais, sans point de vue, on ne fait rien, on est dans l’eau tiède. Pour ce personnage, c’est un atout, et dans ce métier, il faut être un peu bagarreur.

Christian Rauth est également auteur de théâtre et de romans. Son dernier livre, intitulé Fin de Série a été publié en mai 2010 chez Michel Lafon.
Auteur d’un Poulpe, La Brie ne fait pas le moine, son talent s'est exprimé avec brio dans les séries Les Monos, créée avec Daniel Rialet pour France 2 en 1999, et Père et Maire, conçue par les deux acteurs et amis pour TF1 (diffusée de 2002 à 2009).

J'aime les fictions françaises, et m'intéresse particulièrement aux coulisses de leur conception. Cette interview m'a donné l'opportunité d'en savoir plus sur le parcours de scénariste de "l'inquiétant Monsieur Julien", excellent téléfilm de Patrick Volson, diffusé sur France 3 le 15 mai 2010 :

Jacques Prévert a donné l’envie d’écrire pour le cinéma, à Michel Audiard, comment êtes-vous arrivé à l’écriture pour la télévision ?

Pour être tout à fait franc, ce sont certains scénarios médiocres que je jouais en tant qu’acteur qui m’ont poussé à écrire pour la télévision. Je ne dis pas que tous étaient mauvais, loin de là. Mais disons que j’étais rarement comblé ou souvent déçu.
Au début des années quatre vingt, comme j’écrivais pour le théâtre depuis un moment, je me suis lancé en envoyant un script à Abder Isker, qui l’a tout de suite accepté et produit… Je me souviens même du titre Pigeon Vol, une histoire d’anarque au poker, inspirée par une expérience que j’avais vécue moi-même. Ça a remboursé mes dettes de jeux… Pour un premier essai c’était encourageant.

Quelles sont les spécificités de l’écriture de scénario ?

Il faudrait des heures pour les définir.
Par rapport au théâtre, un scénario c’est une somme de contraintes qu’on ne doit pas oublier. (ligne éditoriale de la chaîne, casting, temps de tournage, décors, styles, etc.)
Au théâtre, vous pouvez tout faire grâce à la symbolique, au rêve, à l’imagination. Une pile de briques peut devenir un immeuble qui se fracasse, des lingots d’or qu’on empile, des mottes de beurre, que sais-je ? L’imagination du spectateur est mise à contribution. Peter Brook est par exemple un maître en la matière. 
A la télévision, pas question de cela. La réalité vous colle à la peau. Alors c’est dans le style de narration et le genre, que vous pouvez échapper aux conventions. Ou pas ! Il faut connaître les règles pour pouvoir les transgresser. Et il faut dialoguer avec talent, car le dialogue prime à la télévision… ça parle beaucoup. Trop parfois.

Peut-on s’affranchir des techniques narratives du scénario sans pour autant le détruire? Avez-vous des exemples à citer ?

S’affranchir des techniques,  on peut parfois. Les détruire, pourquoi faire ? Je vais vous donner un exemple :
Il y certain films qui reposent sur  la technique de ce qu’on appelle  "l’ironie dramatique" et d’autres qui ne doivent surtout pas l’utiliser.
Je m’explique :
L’ironie dramatique c’est par exemple : un personnage qui ne sait pas ce qu’un autre sait parfaitement. Le spectateur s’amuse de l’ignorance du premier et des conséquences qui ne vont pas tarder à lui retomber sur la figure. Ou, autre exemple : la fameuse scène de restaurant entre deux personnages qui discutent alors qu’une bombe va exploser sous la table. Le spectateur est en avance sur ce qui va se passer… C’est ça l’ironie dramatique au dépend des personnages. Dans la comédie on l’utilise souvent.
En revanche dans certain films noirs, l’ironie se fait au dépend du spectateur parce que le scénariste ne lui donne pas volontairement tous les éléments pour comprendre ce qui se passe. C’est le cas dans Le Sixième Sens. Je n’aime pas trop ce procédé qui consiste à piéger le spectateur aussi facilement. Donc, je m’en affranchi en essayant de trouver une autre technique narrative pour obtenir malgré tout l’attention du spectateur.

Est-il plus facile d’écrire une histoire et des dialogues spécifiquement pour des comédiens comme vous l’avez fait pour les séries Les Monos et Père et Maire ?

Evidemment c’est plus facile. Quand vous connaissez les acteurs, vous entendez leur "musique".J’enfonce une porte ouverte en disant cela. Mais puisque vous parliez d’Audiard, ce dernier dialoguait de façon différente pour Gabin ou Ventura. Ventura aimait  dire des phrases courtes  et Gabin adorait les tirades longues voire impossibles, souvenez-vous de la scène du Yang Tsé Kiang dans Un Singe en Hiver. Je ne vous parle même pas d’Annie Girardot qui était servie par des dialogues très proches de son parlé dans la vie…
Écrire une bonne histoire c’est essentiel mais si vous n’avez pas les acteurs pour jouer votre partition et mettre en valeur votre musique,  vous n’aurez jamais un bon film.