07 mars 2010
La fabrique des images

Hétérogénéité destinée à concentrer l'attention du visiteur sur la question essentielle de ce qui est en jeu derrière toute figuration.

Combinant ressemblances morales et différences physiques, l’animisme est représenté entre autres images, par les masques colorés des Indiens d’Amérique du Nord ou les parures de plumes des peuples d’Amazonie, pour qui animaux et plantes ont une intériorité semblable à celle des humains malgré une apparence physique différente.
Il ne s'agit pas tant de fabriquer des images de corps humains ou animaux à la ressemblance de modèles. Les Indiens s'attachent plutôt à transformer les corps humains eux-mêmes en images, en empruntant des motifs et des attributs aux corps animaux. Griffes, becs, plumes, dents, duvet, pelage, os, élytres, écailles, utilisés comme ornement, traduisent la volonté d'emprunter aux animaux leurs aptitudes biologiques, et donc, l'efficacité avec laquelle ces derniers tirent parti de leur environnement.

Matériaux et techniques : Amazona farinosa, Ara ararauna, Ara chloroptera, Casmerodius albus, Cracidae sp.
Pays : Amazonas
Continent : Amérique
Ethnie : Arawak
-L'intériorité distinctive de l'être humain.
-La continuité physique des êtres et des choses dans un epace homogène.
Philippe Descola illustre cet énoncé par l'irruption de la figuration de l'individu dans la peinture flamande au XVème siècle. La manière de figurer met l'accent sur l'identité individuelle en excellant dans deux genres inédits : la peinture de l'âme et l'imitation de la nature.

Pour comprendre ce que sont les images totémiques, il faut connaître le statut général des images en Australie. Elles sont toutes et partout liées aux Êtres du rêve, et aux actions dans lesquelles ils se sont engagés afin de mettre en ordre le monde et de le rendre conforme aux subdivisions qu'ils incarnent eux-mêmes.
Les peintures sur toile des Aborigènes du désert central prolongent la tradition des dessins sur le sable. Les peintures pointillistes figurent les itinéraires suivis par les êtres totémiques au temps du Rêve.

Continent : Océanie
Ethnie : Warlpiri
Le réseau peut se donner à voir au moyen d'une accumulation non exhaustive d'objets de même nature exprimant des qualités différentes du monde, comme c'est le cas des poupées kachina.


Seuls les visiteurs rompus aux débats relatifs aux sciences humaines apporteront une réponse.
Le naturalisme supposé propre à l'Occident est il exempt de toute trace d'animisme ? Les procès d'animaux ne sont-ils pas la marque d'un animisme occidental ?
Que penser des limaces excommuniées par le chanoine Noseret, vicaire général de Mâcon, en 1481, et par l'official de Grenoble, à la requête des syndics et conseillers de cette ville, en 1543 ?
En avril 1547, les consuls de Romans donnaient procuration à deux avocats pour soutenir, devant le vicaire général de Valence, un monitoire (lettre de citation adressée par un juge ecclésiastique à ceux qui ont connaissance d'un fait pour les obliger à témoigner) contre les chenilles, verpillères, rats et autres animaux nuisibles, et pour demander contre eux des lettres de malédiction s'ils refusaient de se retirer en un certain champ "de trente seterées" qui leur était désigné !
Du 16 février 2010 au 17 juillet 2011
Au Musée du Quai Branly
Mezzanine Ouest
37, quai Branly
75007 Paris
Tél : 01 56 61 70 00
M° Alma-Marceau
Mardi, mercredi et dimanche de 11h à 19h
Jeudi, vendredi et samedi de 11h à 21h
Billet collections 8,50 € plein tarif et 6 € tarif réduit
19:00 Publié dans Beautiful Expositions | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : musee du quai branly, philippe descola, claude levi strauss, proces d animaux, calder, tracey emin
07 avril 2009
Orage métallique
Une ribambelle d'enfants aux mains enduites de Kinder Délice collées aux vitrines d'une galerie d'art, un gardien de musée pourchassant les visiteurs transformés en joyeux touche à-tout : telles sont les traces du passage d'une intervention en fil de laiton et papier mâché de James Chedburn, artiste britannique installé en France depuis 12 ans.
Présenté à la galerie Actée (114 rue de Paris-Charenton Le Pont) jusqu'au 9 avril, son "Bestiaire mécanique" se transportera ensuite à la galerie Claude André à Bruxelles.
Inspiré par le travail de Calder et Tinguely, James Chedburn sait créer un lien immédiat entre ses sculptures et les spectateurs captivés par le jeu de manivelles miniatures et mécanismes animés par un simple interrupteur.
Posés sur d'anciennes boîtes de thé, fixés sur un boitier de machine à coudre en bois usé, ses animaux en fil ont la grâce aérienne d'objets de design contemporain et ce petit air d'enfance qui invite à la familiarité et au contact.
"L'ombre portée par l'objet est très importante pour le rendre intéressant".
Enhardis par l'interactivité inhérente à ses sculptures, les visiteurs s'attirent les foudres des concepteurs et commissaires d'espaces artistiques pétris de la vénération vouée aux créations exposées, révulsés à l'idée d'un effleurement entre l'émanation de l'esprit du créateur et l'admirateur.
"Je n'ai jamais été attiré par l'art animalier, je voulais voir s'il était possible d'éviter le kitsch, c'était un challenge".

Grave et serein, sous un aspect sage et mesuré, James Chedburn pulvérise les codes en vigueur dans les lieux d'exposition, à commencer par le fameux "ne touche pas", prescription imposée dès l'enfance à tout écolier attentif. Invité au contraire à toucher pour animer la sculpture, le visiteur prend vite l'habitude de tâter tout objet exposé, y compris les peintures ou dessins d'autres créateurs, moins enclins à ces contacts intempestifs.
"Calder n'était pas exactement une infuence, mais j'adore son travail ainsi que celui de Tinguely".

C'est qu'il y a du Buster Keaton chez cet artiste, passant des heures à régler le mécanisme de la queue d'un rhinocéros, agitée d'un léger soubresaut, tout comme le fameux acteur du Mécano de la "General" calculait avecune précision mathématique le lancer d'un boulet de canon, la trajectoire d'une balle de base ball dans Les Trois Ages.
Invité à présenter des sculptures au Musée de l'érotisme, il sait instiller à ses personnages l'ironie et l'humour sans lesquels le regard porté sur une scène sexuelle n'est que scabreux et laborieux.
"Je ne récupère pas les boîtes pour des raisons écologiques, j'aime l'histoire, la continuité de l'histoire de l'objet et lui donner une nouvelle vie".

A l'instar de celui de Keaton, le travail de James Chedburn démontre une inventivité faussement facile, résultant d'un sens aigu de l'observation et d'un esprit poétique lucide et déterminé à jouer des ridicules de l'être humain.

Ces instantanés poétiques, érigés dans l'espace comme par magie, possèdent la légèreté et la présence d'objets conçus par un artiste maîtrisant à la perfection squelette et structure, pour ne laisser subsister que le strict nécessaire à la compréhension du sujet ou du thème traité.
"J'ai commencé à utiliser le fil parce que c'était assez rapide de réaliser des maquettes, je n'aime pas travailler ce matériau, mais le résultat me plaît".

James Chedburn souhaite épurer, aller à l'essentiel ; la conception de ses oeuvres est d'autant plus inspirée qu'elle recèle une part d'invisible révélée lorsque les rayons du soleil ou un savant éclairage soulignent l'ombre portée de la sculpture.
"Je suis toujours attiré par les choses mécaniques, en mouvement".

Comme ces poissons d'argent affleurant à la surface de l'eau, c'est alors toute la malice et l'élégance de l'artiste qui s'offrent pour quelques instants aux regards émerveillés.
"Je n'ai pas une grande expérience de les bureaux, mais c'est comme cela que j'imagine les choses, c'est un fantasme".

20:17 Publié dans Beautiful Expositions | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : james chedburn, calder, buster keaton



