07 mars 2010
La fabrique des images

Hétérogénéité destinée à concentrer l'attention du visiteur sur la question essentielle de ce qui est en jeu derrière toute figuration.

Combinant ressemblances morales et différences physiques, l’animisme est représenté entre autres images, par les masques colorés des Indiens d’Amérique du Nord ou les parures de plumes des peuples d’Amazonie, pour qui animaux et plantes ont une intériorité semblable à celle des humains malgré une apparence physique différente.
Il ne s'agit pas tant de fabriquer des images de corps humains ou animaux à la ressemblance de modèles. Les Indiens s'attachent plutôt à transformer les corps humains eux-mêmes en images, en empruntant des motifs et des attributs aux corps animaux. Griffes, becs, plumes, dents, duvet, pelage, os, élytres, écailles, utilisés comme ornement, traduisent la volonté d'emprunter aux animaux leurs aptitudes biologiques, et donc, l'efficacité avec laquelle ces derniers tirent parti de leur environnement.

Matériaux et techniques : Amazona farinosa, Ara ararauna, Ara chloroptera, Casmerodius albus, Cracidae sp.
Pays : Amazonas
Continent : Amérique
Ethnie : Arawak
-L'intériorité distinctive de l'être humain.
-La continuité physique des êtres et des choses dans un epace homogène.
Philippe Descola illustre cet énoncé par l'irruption de la figuration de l'individu dans la peinture flamande au XVème siècle. La manière de figurer met l'accent sur l'identité individuelle en excellant dans deux genres inédits : la peinture de l'âme et l'imitation de la nature.

Pour comprendre ce que sont les images totémiques, il faut connaître le statut général des images en Australie. Elles sont toutes et partout liées aux Êtres du rêve, et aux actions dans lesquelles ils se sont engagés afin de mettre en ordre le monde et de le rendre conforme aux subdivisions qu'ils incarnent eux-mêmes.
Les peintures sur toile des Aborigènes du désert central prolongent la tradition des dessins sur le sable. Les peintures pointillistes figurent les itinéraires suivis par les êtres totémiques au temps du Rêve.

Continent : Océanie
Ethnie : Warlpiri
Le réseau peut se donner à voir au moyen d'une accumulation non exhaustive d'objets de même nature exprimant des qualités différentes du monde, comme c'est le cas des poupées kachina.


Seuls les visiteurs rompus aux débats relatifs aux sciences humaines apporteront une réponse.
Le naturalisme supposé propre à l'Occident est il exempt de toute trace d'animisme ? Les procès d'animaux ne sont-ils pas la marque d'un animisme occidental ?
Que penser des limaces excommuniées par le chanoine Noseret, vicaire général de Mâcon, en 1481, et par l'official de Grenoble, à la requête des syndics et conseillers de cette ville, en 1543 ?
En avril 1547, les consuls de Romans donnaient procuration à deux avocats pour soutenir, devant le vicaire général de Valence, un monitoire (lettre de citation adressée par un juge ecclésiastique à ceux qui ont connaissance d'un fait pour les obliger à témoigner) contre les chenilles, verpillères, rats et autres animaux nuisibles, et pour demander contre eux des lettres de malédiction s'ils refusaient de se retirer en un certain champ "de trente seterées" qui leur était désigné !
Du 16 février 2010 au 17 juillet 2011
Au Musée du Quai Branly
Mezzanine Ouest
37, quai Branly
75007 Paris
Tél : 01 56 61 70 00
M° Alma-Marceau
Mardi, mercredi et dimanche de 11h à 19h
Jeudi, vendredi et samedi de 11h à 21h
Billet collections 8,50 € plein tarif et 6 € tarif réduit
19:00 Publié dans Beautiful Expositions | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : musee du quai branly, philippe descola, claude levi strauss, proces d animaux, calder, tracey emin
19 novembre 2009
Artistes d'Abomey : Who's Who


Outre le fameux trône du souverain d'Abomey, exposé sur le plateau des collections permanentes, le musée met en scène des pièces illustrant la royauté et l'histoire de sa fondation : photographies, sculptures, bas-reliefs, aquarelles, gravures, tentures, parures, matériel divinatoire, armes...82 objets et huit documents graphiques anciens révèlent la créativité des artistes de la cour d'Abomey.

La recherche des auteurs des oeuvres conservées au musée du quai Branly s'inscrit dans la démarche entamée par Frans Olbrechts (1899-1958), anthropologue, professeur à l'Université de Gand, et William Fagg (1914-1992), conservateur du département ethnographique du British Museum à partir de 1938.
Pionniers dans la construction d'une histoire de l'art africain, ils ont tous deux affirmé que "L'artiste tribal n'est pas l'élément anonyme d'une collectivité plus ou moins identifiable, mais une personnalité distinguable et originale, tout comme Cellini, Turner ou Matisse, même si dans la plupart des cas nous ne le connaissons qu'à travers ses oeuvres".
Jusqu'au début du XXème siècle, le mot "art" n'était pas utilisé pour désigner les productions artistiques des peuples non occidentaux. Jugés à l'aune de l'histoire des arts européens, les objets collectés, dénommés "sauvages, fétiches, idoles", étaient considérés comme des spécimens ethnographiques, témoins de l'avancement des cultures.
Dès les Croisades, l'Occident a entrevu le pays du Soudan, d'où venaient les magiciens des récits arabes. L'idéologie voyant dans le Continent Noir le Royaume des Idolâtres, le Royaume oublié de Dieu, prend sa source dans les récits empreints de mythologie du Moyen Age et le traité d'Honorius d'Autun au XIIème siècle De l'image du monde, décrivant les bestiaires et herbiers fabuleux, les coutumes étranges, les phénomènes surnaturels et les monstres .
Les contacts entre le continent Africain et l'Europe sont établis par les navigateurs Portugais dès 1470, lorsque les cours européennes commandent au Bénin des coupes, des salières et des poivriers en ivoire. Il faut attendre le début du XXème siècle pour que les objets africains et océaniens entrent dans les galeries d'art primitif et acquièrent un statut d'oeuvres d'art à part entière.

Dès les années 1900, ethnologues, anthropologues, artistes occidentaux, ressentent la nécessité de dépasser le préjugé tenace : "des arts sans histoire sont des arts sans artistes". Face à la culture de l'écrit, l'Afrique noire, où règne la tradition orale, est apparue dès les premiers contacts au XVème siècle, aux yeux des européens, comme dénuée de culture, de passé. L'incompréhension des langues (peu de voyageurs apprendront, à l'instar de Richard Burton, 29 langues et 11 dialectes pour mieux appréhender les sociétés découvertes) favorisera l'éclosion de l'idée que l'Africain est inapte à la civilisation.
Les "fétiches" ne pouvaient accéder au statut d'oeuvres d'art que par l'évolution des mentalités, accélérée par la prise de conscience que les objets amassés depuis les pillages du XIXème siècle, étaient plus que de simples témoignages historiques.
Les recherches d'Ernst Grosse (1862-1927) dans The Beginnings of Art (1897), provoquent une rupture dans le regard porté sur les arts "primitifs", en définissant les bases de l’ "Anthropologie de l’Art".
Grosse trouve "étrange" que les populations primitives "fassent preuve d'un grand talent en sculpture". Il remarque que les "primitifs" produisent des oeuvres réalistes à partir d'observations des êtres et des objets qui les entourent. Trois idées fondamentales naissent de sa réflexion :
-les productions des peuples sans écriture ne peuvent être appréhendées que dans le contexte des formes de cultures où elles sont apparues.
-la pulsion esthétique est partagée par l’ensemble de l’humanité.

Affirmant que certains traits universels font que l'art est art, il fait entrer les "fétiches" dans le champ artistique.

En France, Aristide Maillol discerne dans l'Art Nègre qui "Renferme plus d'idées que l'art grec", une grande liberté dans l'invention des formes.
Les peintres fauvistes (Vlaminck, Derain, Matisse, Braque...) s'inspirent de Gauguin qui régénère sa peinture en puisant dans les formes étrangères.
Tous démarrent des collections d'objets africains, attirés par l'audace des formes et l'antiréalisme qu'ils veulent insérer dans leurs propres créations. Les objets "sauvages" acquièrent rapidement valeur marchande et valeur esthétique. La mode est alors à la nécessité de "Retrouver les instincts, les extases, les réactions viscérales prêtés à l'Homme des Origines, au primitif".
Mais la classification en Art Primitif dénote encore l'ignorance des conditions de fabrication et de conception des oeuvres des peuples d'Afrique, d'Océanie et d'Amérique.

Perles en pâte de verre-Musée du quai Branly-Don Bernard Maupoil
Le roi Glèlè fit faire cette couronne pour le nesuxwe (culte des défunts de la famille royale) de son fils Ahanhanzo, tué par son frère Béhanzin.
Il faudra tout l'apport des travaux des ethnologues qui enquêtent sur le terrain, en corrélation avec les récits des voyageurs et missionnaires et l'acuité du regard des marchands d'art, pour découvrir, comme l'écrit Jean Laude, que "Pas plus en Afrique que dans l'Europe médiévale, l'oeuvre d'art n'est le pur produit de l'instinct, ni le résultat de cette création délirante et extatique que certaines imaginations mal informées ont considéré longtemps comme un des caractères de l'art africain. Il y a en Afrique des artistes au sens propre du terme et il est absurde de rapprocher, comme c'était la mode entre les deux guerres, l'art de ces soi-disant "primitifs" de l'art des enfants et des fous pour en faire une catégorie spéciale et vaguement pathologique de la création artistique. L'artiste africain est un homme qui, au point de départ, a appris un métier, selon des règles précises, ausi bien sur le plan esthétique que sur le plan social".
Au fur et à mesure du développement de la muséographie, le terme Arts Premiers s'est substitué à celui d'Art Primitif pour désigner les objets provenant des sociétés non occidentales.

Crânes humains, alliages cuivreux, métal, verre
Muséeum d'Histoire naturelle de Nantes
Don capitaine Rilba, saisi après la prise d'Abomey
Ce trophée, réalisé par deux familles d'artistes de cour, est composé d'éléments en alliage cuivreux importé. Les Metakonto avaient pour tâches de nettoyer et traiter les crânes trophées ramenés dans le royaume comme preuve de victoire sur les champs de bataille...Ce type de trophée était destiné à impressionner le visiteur. C'est pourquoi le magasin des crânes (metago) était installé dans un endroit facile d'accès au public.
"Art Ethnique" ou "Tribal", il importe surtout de démontrer que la prétendue stagnation de la création artistique en Afrique s'appuie sur l'ignorance de l'histoire de ce continent.
La datation et l'identification des oeuvres contribuent à la connaissance de sociétés, qui, par la richesse des solutions figuratives inventées par leurs artistes, doivent être considérées comme sources d'un apport majeur à l'art dans son ensemble.

Fer, bois, cuivre
Musée du quai Branly-Don de M. de Garreres
Spécifiques du Danhomé, les récades en forme de hache sont destinées au roi, à ses messagers, aux dignitaires et aux responsables des principaux cultes vodoun. Les motifs et matériaux varient selon l'usage. Portées à l'épaule et brandies lors de danses, les récades sont une forme achevée de l'expression du pouvoir au Danhomé. L'absence de patine d'usage indique que cette récade fut certainement produite à l'époque coloniale. La qualité des matériaux, des figures et des finitions atteste qu'elle provient d'un atelier qui travaillait pour la cour avant l'exil du roi Agoli-Agbo. Les colons devinrent les nouveaux commanditaires de ces artistes, désormais sans mécènes.
Son association prépare un projet de sensibilisation des migrants en France, sur l'abandon de l'excision. En coordination avec une ONG, installée sur place, elle concentre son action sur 40 villages du Mali.

37, quai Branly
75007 – Paris
Tél : 01 56 61 70 00
mardi, mercredi et dimanche : de 11h à 19h
jeudi, vendredi et samedi : de 11h à 21h
14:55 Publié dans Beautiful Expositions | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : musee du quai branly, artistes d'abomey, art africain
18 octobre 2009
Érotisme, erotism, erotismo

Plébiscitées par le public les trois expositions du musée de l'érotisme sont prolongées jusqu'au 10 novembre 2009 :
Eros Vinyls : histoire de l'érotisme à travers 60 ans de vinyles, collection de Matthieu Flory, directeur des Editions Ereme.
Jean-Pierre Ceytaire, Cet air coquin.
Jacques Charrier, Le Kâma-Sûtra, le paradis perdu ?

Coquine, c'est aussi la ligne éditoriale de la collection ÉROTIX des Editions Delcourt, consacrée aux ouvrages de bande dessinée érotiques et pornographiques.
Deux dessinateurs Italiens captivent les amateurs d'érotisme en bande organisée.
Magnus (Roberto Raviola), dont le célèbre Les 110 Pilules, réédité, agrémenté d’une couverture inédite et de noirs restaurés pour mieux apprécier le travail du maître est sorti en librairie le 23 septembre 2009.
L'auteur reprend ici un célèbre classique chinois de Jing Ping Mei : Hsi-Men Cheng, riche patricien et libertin, se procure auprès d’un vieux moine médecin, 110 pilules qui fortifient le désir sexuel. À ne consommer qu’une fois par jour. Mais la tentation est trop forte et face à la peur de vieillir, Hsi-Men abusera du produit miracle jusqu’à sa déchéance finale.

Son Emmanuelle posera ses jambes déliées sur la houpette de Titeuf à partir 18 novembre 2009.


18:45 Publié dans Beautiful Expositions | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : musee de l'erotisme, magnus, guido crepax, emmanuelle, jacques charrier, jean-pierre ceytaire, editions ereme, delcourt
16 octobre 2009
Chasseurs d'images

Aujourd'hui, lancement de la 3e édition des Rencontres photographiques du 10e arrondissement de Paris 2009 organisées par la bibliothèque Chateau d'Eau et la Mairie du 10e arrondissement, sous le commissariat général de Carlo Werner et le parrainage de Stéphane Couturier.
La photo, à l'honneur cette semaine à Paris avec le Salon de la photo organisé Porte de Versailles, prend ses quartiers d'automne avec originalité au centre de Paris jusqu'au 28 novembre 2009.
La spécificité de cet événement exceptionnel ?
Cafés, restaurants, boutiques de mode, librairies, galeries spécialisées et centres culturels participent activement à des activités autour de la photographie. Expositions mais aussi conférences-débats animées par des professionnels, ateliers de photo, visites d’exposition en présence des photographes, performances-surprises.
Tout invite à découvrir un quartier où se niche le New Morning ( 7 r Petites Ecuries), le Passage Brady, le théâtre Antoine.
Quelques unes des photos à découvrir :

Exposé à la boutique de fleurs Bleuet Coquelicot
10 rue de la Grange aux Belles 75010 Paris
M° J. Bonsergent/Colonel Fabien

Exposée à la Cristallerie Schweitzer

Exposition collective hall de la Mairie du 10e

As if I were on the constant look out for a new film which I construct image after image.
And thus begins a sort of wandering to find a certain light, colors and atmosphere that visually match what I feel at the moment I take the shot."
72, rue du Fg St-Martin - Paris 10e - M° Chateau d'Eau
Tél. : 01 53 72 11 75
08:43 Publié dans Beautiful Expositions | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : mairie du 10, rencontres photographiques
15 octobre 2009
Les fastes de Byzance au Grand Palais


3, avenue du Général-Eisenhower. Paris VIIIe. Ouverture tous les jours sauf le mardi, de 10 heures à 20 heures.
Nocturne le mercredi jusqu’à 22 heures. Tarif : 11 euros. Renseignements au 01.44.13.17.17.
11:35 Publié dans Beautiful Expositions | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : istanbul, grand palais, byzance
01 octobre 2009
Free style BB


Elle vient ainsi d'écrire à Nicolas Sarkozy pour lui suggérer de mettre en place une journée végétarienne. "Il y a déjà la journée sans voiture, la journée sans tabac, mais instaurer une journée végétarienne aurait des répercussions bien plus fortes que toutes les taxes carbone réunies et la planète s’en porterait infiniment mieux".
Dénonçant l'élevage productiviste bien avant la déferlante "maladie de la vache folle" des années 2000, son action est à rapprocher de celle de René Dumont, premier candidat écologiste à l'élection présidentielle de 1974 à prédire les dégâts de l'agriculture productiviste.

Sa fameuse Harley-Davidson à ses initiales , tout comme sa robe de mariée Vichy rose. Deux portraits d’elle signés par Andy Warhol sont également exposés, l’un prêté par Alain Delon et l’autre par Gunter Sachs, l’un de ses anciens maris.
07:00 Publié dans Beautiful Expositions | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : brigitte bardot, henri jean servat, bb
06 juillet 2009
Un songe d'Afrique
Musée du quai Branly. Affiche de l'exposition "Tarzan, ou Rouseau chez les Waziri". Du 16 juin au 27 septembre 2009.
Copyright : © musée du quai Branly.
TARZAN TM and EDGAR RICE BURROUGHS TM owned by Edgar Rice Burroughs, Inc. and Used by Permission.
Tarzan ! ou Rousseau chez les Waziris.
Alliant la puissante musculature des gladiateurs de la Rome antique à la souplesse féline des carnassiers, Tarzan investit la jungle parisienne du musée du quai Branly à Paris cet été, jusqu'au au 27 septembre.
Dédié aux Civilisations d'Afrique, d'Asie, d'Océanie et des Amériques, inauguré en 2006, le musée réunit les anciennes collections d'ethnologie du musée de l'Homme (abrité par le Palais de Chaillot) et celles du musée national des arts d’Afrique et d'Océanie (installé à la Porte Dorée).
Selon Roger Boulay, anthropologue, spécialiste de l’art océanien et commissaire d’exposition (il était en particulier le commissaire de l'exposition "L'aristocrate et ses cannibales : le voyage en Océanie du comte Festetics de Tolna, 1893 - 1896" présentée en 2007 au musée du quai Branly), cet événement prolonge la réflexion sur la manière dont l'Occident appréhende l'Afrique, à travers des personnages comme l'homme-singe philosophe et la peuplade imaginaire des Waziris, la garde prétorienne de Tarzan.
Bande dessinée, cinéma, affiches, figurines, disques,jeux...L’exposition parcourt les origines et la nature de Tarzan, en tant que personnage et en tant que mythe (de Saturnin Farandoul, documentaire de 1914, à Greystoke en 1983), et le réhabilite en tant que héros contemporain de défense de la nature.
Le contexte historique
Dans un XIX siècle ennivré par le progrès scientifique, le développement industriel, et la philosophie saint-simonienne selon laquelle l'effort humain peut modifier la nature, qui deviendrait alors plus exploitable, quel espace reste t-il au rêve pour construire une légende ?
Hâter la marche du progrès constituait alors un devoir : l'Occident se devait de concourir à civiliser le monde matériellement et moralement.
Lorque le personnage de l'homme singe apparaît sous la plume d'Edgar Rice Burroughs, en 1912, l'idéologie de Claude Saint Simon, basée sur le développement d'un Etat industriel idéal, a conforté l'Europe dans la nécessité d'établir des régimes coloniaux pour diffuser le progrès technique et moral.
L'Afrique, terre d'exploration et de conquêtes a déjà subi des découpages géographiques au gré d'Etats européens en pleine construction, en quête d'identité, de légitimité nationales et de grands espaces.
Stéphane Martin, président du musée du quai Branly et Roger Boulay ont voulu décrypter à travers Tarzan le regard occidental sur les civilisations du "Continent Obscur". Le mythe évoquerait les rapports fascination-répulsion entre le Nord et le Sud, le civilisé et le sauvage.
Le succès du héros de la jungle ne serait-il pas plutôt la marque de la vivacité d'un sentiment inscrit en chacun des lecteurs : l'attendrissement pour le primitif qui sommeille en nous, réduit au silence par des siècles de christianisme et de disciplines spirituelles et sociales ?
Le regret d'un temps païen que l'on croit retrouver dans les rites des contrées lointaines explique peut-être l'attraction exercée par ce héros évolué/sauvage, gentleman/brutal...
L'auteur n'a jamais visité la jungle africaine, mais son propos est-il de décrire aussi fidèlement l'Afrique que Jules Verne embarque ses lecteurs De La terre à la lune dans un vaisseau spatial préfigurant ceux des années 1960 ?
"Doctor Livingstone, I presume"
C'est par cette phrase célèbre qu'Henry Morton Stanley s'adresse au docteur Livingstone, quatre ans avant la naissance d'Edgar Rice Burroughs, en 1871, quand il le retrouve à Ujiji, marché aux esclaves situé sur la rive orientale du lac Tanganyika.
Livingstone, dépendant des marchands arabes qui parcouraient régulièrement la piste entre Ujiji et la côte, s'était vu refuser l'acheminement de son courrier par les trafiquants irrités par ses convictions anti esclavagistes. Le contact avec l'Europe amenuisé, puis éteint, on avait cru l'explorateur, dont l'humérus gauche avait déjà été broyé par un lion (et remplacé par une articulation artificielle), englouti définitivement par la jungle.
Après trente années d'exploration et de lutte contre l'esclavage, il apparaîssait aux yeux du monde comme le premier Européen à avoir traversé le continent africain d'une côte à l'autre, parti de Luanda, sur l'océan Atlantique pour arriver à Quelimane, au
Mozambique portugais. Lorsque, dans un village perdu de l'actuelle Zambie, le 1er mai 1873 au matin, ses serviteurs le trouvent mort, agenouillé comme pour prier, ils lui ôtent le coeur et les viscères et les enterrent au pied d'un arbre.
Il avait peu de conversions à son actif, mais son incessant combat contre les trafiquants, sa compréhension des Africains, dont il apprit les langues et recensa les coutumes, lui conféraient le respect des polulations. Son corps sera ensuite rapatrié pour demeurer à l'abbaye de Westminster.
Sa cartographie du réseau hydrographique de l'Afrique centrale contribua à la connaissnce des terres réputées inaccessibles. L'un de ses récits, Missionary Travels and Researches in South Africa, publié en 1858 est un best-seller dont Edgar Rice Burroughs a pu s'inspirer pour décrire l'environnement de Tarzan.
Disposant à sa guise d'une réalité décrite tout au long du XIX ème siècle par les aventuriers, commerçants, trafiquants, géographes, missionnaires, journalistes et marins impliqués dans la course (commerce triangulaire), il va bâtir une légende qui fera de Tarzan un héros populaire dont le succès éclipsera les informations des explorateurs. "Quand les faits se sont transformés en légende, imprimez la légende" dit un journaliste dans "L'Homme qui tua Liberty Valance", de John Ford...
Tarzan au quai Branly.
Naissance de Tarzan
Edgar Rice Burroughs a exercé toutes sortes de jobs : cow boy, livreur de glaces, gérant d'une boutique de campagne, chercheur d'or, policier des chemins de fer, expert-comptable...et vendeur d'annonces publicitaires en 1909. Installé à Chicago avec sa famille, il parcourt les pulps pour y placer ses annonces et remarque les récits d'aventure qui captivent le public de ces petits magazines accrocheurs.
L'idée lui vient d'essayer à son tour d'imaginer des histoires. En 1911, il commence à écrire un roman qui deviendra le premier des onze volumes des aventures de John Carter sur la planète Mars.
Le rédacteur en chef de la revue new yorkaise à grand tirage The All-Story le publie d'avril à juillet 1912 sous le titre Les Conquérants de Mars et annonce à ses lecteurs la publication de Tarzan of the Apes, du même auteur, pour l'automne. D'abord refusé par les éditeurs, le récit sera édité en juin 1914 par A.C. Mc Clurg&Co, et va connaître un énorme succès de librairie.
S'il a traversé les décennies en images, Tarzan est avant tout un récit captivant, dont l'intrigue se noue sur le continent
qui passionne les foules au début du XXème siècle. La légende vient au moment où la réceptivité du public est exacerbée par des expositions universelles, des zoos, des reconstitutions de villages d'Afrique avec exhibitions de "sauvages", et la littérature de voyage.
Jungle mystérieuse
John Clayton/Lord Greystoke et sa femme Alice se sont embarqués à Douvres pour l'Afrique en mai 1888. En juin, ils font étape à Freetown,
capitale de l'actuelle Sierra Leone, anciennement Afrique Britannique de l'Ouest puis repartent à bord du Fuwalda.
Ils n'aborderont nulle part, personne ne reverra le couple Anglais et le vaisseau.
Vingt ans plus tard, l'arrivée en Afrique de William Cecil Clayton, neveu et seul héritier connu de Lord Greystoke, va résoudre le mystère de leur disparition. Le professeur Porter et sa fille Jane l'accompagnent et subissent avec lui les attaques des bêtes sauvages. Ils seront sauvés par une étrange créature humaine dissimulée dans la jungle qui semble suivre leurs pas avec le plus grand intérêt, mais se refuse au contact.
Au hasard de leurs déambulations, une cabane dans les arbres va leur révéler le secret de la fin de John Clayton et d'Alice. Ils sont bien morts, non pas en mer, mais dans cet abri construit par Lord Greystoke, abandonnés sur une côte africaine par l'équipage du Fuwalda. Le journal tenu par Clayton chaque soir leur apprend la folie d'Alice qui meurt quelques mois après la naissance de leur premier enfant, John. L'abri de fortune, saccagé, contient encore les squelettes grâce auxquels le groupe comprend que Lord Greystoke a été mis en pièce par une horde de gorille. Le berceau de l'héritier parsemé d'ossements laisse présager du sort funeste de l'enfant.
Une canonnière française sauvera les anglais de la jungle, laissant pour mort au cours d'une attaque de cannibales un officier de marine, Paul D'Arnot qui réussit à se cacher dans un tronc d'arbre.
Il reçoit les soins d'un être masculin, nu, au type européen, avec lequel il réussira à communiquer pour apprendre son nom : Tarzan "singe blanc", et sa filiation. Elevé par Kala, une guenon consolée de trouver un bébé vagissant dans le berceau du fils de Lord Greystoke alors qu'elle venait de perdre son petit, le jeune homme a vécu parmi les singes, en effectuant des visites régulières à la cabane, seul lien avec le monde occidental.
Il a appris à lire seul à l'aide de l'abécédaire destiné au fils de Lord Greystoke.
Différents indices vont amener D'Arnot, bouleversé, à réaliser que ce sauvage portant le médaillon arraché sur le squelette d'Alice, couronné roi des singes à 18 ans, est le fils de John Clayton. Il va tout mettre en oeuvre pour lui apprendre à parler, l'éduquer à l'Européenne et le ramener à la civilisation.
Prêt du musée de la chasse et de la nature.
Mais quelle civilisation ?
Celle qui a incité Stanley, le sauveur de Livingstone, à se mettre au service du roi des Belges Léopold II acharné à coloniser le Congo dès les années 1880 dans des conditions si atroces que les puissances rivales seront scandalisées par les exactions commises ?
Celle qui à conduit les colons du Far West à parquer les Indiens dans des réserves après leur avoir transmis la variole par des couvertures infectées vendues aux tribus ? Des quelques 15 millions de bisons parcourant les plaines en 1860, il ne restait que quelques centaines à la fin du XIXème siècle, tant les trains affrétés pour les chasseurs équipés de fusils à lunettes d'une visée de 500 mètres avaient porté avec succès le massacre du bétail qui nourissait, habillait et abritait les "sauvages" expulsés de leurs terres...
Celle qui laissait reposer l'économie du Sud des Etats Unis sur le travail non rétribué des esclaves depuis deux cents ans ? "L'Esclavage américain tel qu'il est" de Théodore Weld, sans cesse réédité à partir de 1839, "La Case de l'Oncle Tom" d 'Harriet Beecher, publié en 1852 conribuent à modifier l'opinion en faveur de l'abolition de l'esclavage.
Le roi de la jungle au quai Branly.
La littérature populaire se nourrit de méchants. Tarzan, en lutte contre les trafiquants d'esclaves d'ivoire et d'or, aura tôt fait de les débusquer. Flagorneurs, voleurs, imposteurs seront tournés en ridicule. Edgar Rice Burroughs, par le biais de son héros, dénonce les médiocres d'Hollywood (Tarzan et l'homme lion), les élucubrations du clergé (Tarzan et la Cité interdite), les préjugés des "civilisés" à l'encontre des "primitifs" (Tarzan et les Hommes-Fourmis), les excès du capitalisme (Le Triomphe de Tarzan).
Et surtout, ce qui propulse son héros au rang de figure du XXIème siècle, l'auteur dénonce le saccage de l'environnement.
"Quel paradis ! Un jour l'homme civilisé viendrait et gâcherait tout ! La hache abattrait impitoyablement ces bois séculaires ; le ciel d'azur s'obscurcirait de la fumée épaisse d'affreuses cheminées ; de minables petits bateaux munis à l'arrière ou sur les côtés de roues feraient remonter la boue du fond Jad-In-Lul, tourner les eaux céruléennes au brun sale ; des immeubles crasseux en fer rouillé se prolongeraient vers le lac par des quais hideux, car telles sont les villes à l'avant-garde de la civilisation". De tels propos éveillent notre radar écologique.
Ces thèmes vont trouver un écho favorable chez les lecteurs qui feront un triomphe à Tarzan. Le mythe s'étend au fil des adaptations pour l'écran et les journaux, de qualité variable :
-extraordinaires de vitalité : les planches du dessinateur Burne Hogarth, où muscles et feuillages se crispent dans un décor fantastique.
-déroutante : Frank Merill, Tarzan et le Tigre, 1929, froufroutant dans un pagne bustier en peau de panthère, le front ceint d'une patte de fauve...
Dessin extrait des planches d'Hogarth.
Copyright : Collection particulière, © Jacques Pepion 2008
Tarzan TM and Edgar Rice Burroughs TM owned by Edgar Rice Burroughs, Inc. and Used by Permission
Photographe : Jacques Pepion.
Edgar Rice Burroughs croyait au cinéma : il va écrire une histoire de brousse Men and Beasts qui sera adaptée par la Cie Selig sous le titre The Lad and the Lion en 1917. En 1918, la National Film Corporation porte à l'écran les premiers chapitres de Tarzan of the Apes.
Les versions fimées abêtissent le héros, tout juste capable d'articuler quelques syllabes, tandis que le roman décrit un Tarzan polyglotte, maîtrisant différents dialectes africains, l'anglais, le français, l'allemand, l'arabe, l'espagnol, le portugais quelques bribes de latin et la langue de singes dont Burroughs établi un lexique de 250 mots en 1939. Le roi de la jungle à l'autorité mâle et incontestée devient à l'écran un mari soumis et diminué par son inadaptation aux canons de l'américain moyen tel que le conçoit Hollywood.
La démolition du mythe au cinéma se fait avec le consentement de l'auteur qui perçoit des royalties et peut difficilement rivaliser avec les moyens de la MGM lorqu'elle bloque, en 1935, par le système du contrat global, dit "block-booking", la sortie en salles de The New Adventures of Tarzan, une série de 12 épisodes tournés au Guatemala. Produite par la Tarzan-Burroughs Enterprises, société créée par l'auteur et un ancien acteur, Dearholt, cette version préservait le héros, le ton et l'univers du roman. Elle sera diffusée en format abrégé en France sous le titre Les Nouvelles Aventures de Tarzan.
Par nécessité, Burroughs devra reconduire le contrat avec la Metro-Goldwyn-Mayer la même année, livrant de nouveau Tarzan à la médiocrité d'autres scénaristes.
Tarzan TM and Edgar Rice Burroughs TM owned by Edgar Rice Burroughs, Inc. and Used by Permission
Souvent questionné sur la genèse de son héros, Burroughs mentionnait Rémus et Romulus en évoquant les légendes relatives aux enfants trouvés. Le 31 mai 1927, dans le Daily Maroon, journal de Chicago : "Aussi loin que les faits ont été enregistrés par la mémoire des hommes et transmis oralement de père en fils, il a existé des histoires de bébés humains élevés par les bêtes, et des exemples ont été rapportés de temps en temps jusqu'à ce jour. Il y a dans cette idée quelque chose qui excite fortement l'imagination, ce fut mon cas...".
Même le pagne tacheté de Tarzan fut relié à un culturiste que Burroughs, âgé de 18 ans, aurait vu en visitant l'Exposition universelle de Chicago de 1893...comme si un auteur construisant son personnage ne pouvait observer que celui-ci, vivant en Afrique, en pleine nature, allait se vêtir des peaux du gibier le nourrissant.
Il s'en amusa et publia une autobiographie parodique s'inventant un père conseiller militaire de l'empereur de Chine.
Tarzan, ayant assuré à son auteur l'argent sans lequel on n'existe pas aux Etats Unis, se range aux côtés des héros éternels affirmant la suprémacie des valeurs humaines sur le matérialisme outrancier de l'Occident.
Photo : Géraldine Dormoy, journaliste et auteur de Café Mode l'oeil aux aguets d'une parisienne (presque) à la page, avec son aimable autorisation.
Du 4 juillet au 30 août, des activités sont prévues par le musée du quai Branly autour de l'exposition, parmi lesquelles :
Le 10 septembre à 20h : soirée hommage à Francis Lacassin, spécialiste de la bande dessinée, du cinéma et du roman populaire, fin connaisseur de Tarzan.
37, quai Branly
75007 – Paris
Tél : 01 56 61 70 00
mardi, mercredi et dimanche : de 11h à 19h
jeudi, vendredi et samedi : de 11h à 21h
Catalogue de l'exposition, 128 p., 19,50 euros.
18:03 Publié dans Beautiful Expositions | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : tarzan, musee du quai branly, christian dior
26 juin 2009
Tentation du jaune

19:46 Publié dans Beautiful Expositions | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : laurent grizon, mondapart
04 juin 2009
Etape artistique
L'un des visuels très réussis de Leg Agency pour Affordable Art Fair. Il faut saluer la très grande qualité des oeuvres présentés au public, dans une ambiance chaleureuse.
A noter que les artistes et leurs galerie ont prévu un "réassort" : au fil des ventes, d'autres réalisations sont mises en place, ce qui assure une variété de l'offre.
Mes coups de coeur : nombreux !
Le premier :
16:29 Publié dans Beautiful Expositions | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : affordable art fair, leg agency
02 juin 2009
Low cost Art
Un vent trendy souffle sur Paris cette semaine : Affordable Art Fair Paris, propose sa 2ème édition à l'Espace Champerret du 4 au 7 juin.
Lorque le bonheur est simple comme une carte bleue, le coût d'une oeuvre d'art est-il signe de la perennité artistique lui conférant le statut de "placement de bon père de famille", selon la formule chère aux juristes ?
La réponse négative est démontrée par Will Ramsay, créateur, en 1999, de L'Affordable Art Fair. Ce galeriste admirateur de Tracey Emin, exposée actuellement à l'Espace culturel Louis Vuitton, a souhaité libérer les amateurs d'art contemporain de la notion d'achat "investissement". Le succès du concept s'est traduit par l'édition dans le monde entier de ce point de rencontre des galeristes internationaux. A Paris, comme à Londres, New York, Bristol, Sydney, Melbourne, Bruxelles ou Amsterdam, les collectionneurs initiés ou nouveaux acheteurs, auront l'opportunité d’acquérir, à l'Espace Champerret, des oeuvres originales d’artistes reconnus ou émergents, à des prix compris entre 100 et 5 000 euros.


ou foires d’artistes. Pendant toute sa durée, l’offre est renouvelée au fur et à mesure des achats. A l’inverse des foires déjà existantes, les acheteurs peuvent repartir directement avec leur oeuvre sous le bras (un service d’emballage professionnel et gratuit est proposé sur place).

Un lieu totalement rénové permettant un accès facilité et un accueil encore plus convivial ;


Foire d’Art Contemporain de 100 à 5000 €.
Du 4 au 7 juin 2009.
Gratuit pour les moins de 18 ans.
Bon plan internet :
Rendez vous dans l'onglet "Invitations" et recevez des entrées 2 pour 1.
08:48 Publié dans Beautiful Expositions | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : affordable art fair, espace champerret, will ramsay, tracey emin






