31 janvier 2011

Poids plume à TF1

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Isabelle de Botton

Isabelle de Botton trace sa plume à TF1. Coscénariste avec Sophie Deschamps, de 3 Filles en cavale, une comédie d'une heure trente réalisée par Didier Albert, la comédienne imprime en finesse son talent d'humoriste, sur une trame conçue sur mesure pour le trio gagnant d’A trois c'est mieux (2004).

Accompagnée de Mimie Mathy et Michèle Bernier, elle incarne la vacillante Mirabelle, assistante de direction, accordant ses faveurs au gré des dommages collatéraux abattant les clients fraîchement divorcés de sa patronne, avocate au redoutable charme panzerien.

A découvrir le 7 février sur TF1 à 20:45.

Née à Alexandrie en Egypte, Isabelle de Botton arrive en France dans les années 60 et découvre la scène et la comédie au lycée, en compagnie de Michel Blanc, Gérard Jugnot, Thierry Lhermitte, Christian Clavier, Béatrice Agenin, Olivier Lejeune…

Son premier rôle dans Feu la Mère de Madame (Feydeau) lui transmet dès les premières répliques "un plaisir jouissif"  à entendre les gens rire.
Elève de Jean-Laurent Cochet (professeur de Gérard Depardieu, Fabrice Luchini, Isabelle Huppert...), elle commence à écrire et développer son talent de comédienne au café théâtre.

Sélectionnée pour écrire et interpréter les sketches délirants du Petit Théâtre de Bouvard, lancé sur Antenne 2 le 13 septembre 1982, elle y rencontre notamment Michèle Bernier et Mimie Mathy avec qui elle crée le trio comique féminin, Les Filles.

En mission pour TF1, j'ai eu le grand plaisir de découvrir cette comédienne, très présente au théâtre, et de l'interviewer.

L'ensemble de notre entretien est en ligne sur le site de TF1Pro, réservé aux journalistes, mais j'ai profité de cette rencontre pour découvrir le travail d'écriture pour la fiction télé et les sketches.

Quelle est la spécificité de l’écriture télé ?

Au théâtre, la liberté d’écriture est totale. A la télévision, le scénariste d’un 90 minutes tient compte de la ligne éditoriale, des codes d’écriture, des contraintes de production et de faisabilité. Sophie Deschamps et moi avons déjà écrit deux Joséphine (Joséphine, ange gardien), trois Sœur Thérèse.com, ainsi que d’autres sujets pour France 3, polars et comédies. La liberté et le cadre en création artistique ne sont pas antinomiques, l’un n’est pas l’ennemi de l’autre. Certaines obligations sont créatrices de cocasserie et de bizarrerie, justement parce qu’il faut trouver des solutions pour s’exprimer dans un cadre précis. Un tournage de télévision est une entreprise beaucoup plus industrielle, qui détermine certains choix d’écriture, en termes de temps, d’effets spéciaux, de décor, de lieux. Par exemple, sachant que le tournage d’un téléfilm dure environ un mois, on n’écrit pas une histoire comportant 1000 effets spéciaux et 50 000 figurants.
 

Ces contraintes sont elles sources de formatage des histoires ?

Non, car on ne part pas des contraintes, mais de ce que l’on veut raconter. Le but est que ce soit tourné, joué, diffusé. Si on colle à l’histoire, on se glisse dans les contraintes.
L’essentiel est de penser au public, à ce qu’on veut partager avec lui et lui faire vivre pendant 1h30.


Le fait d’écrire pour des amies est-il un frein à l’imagination de la scénariste ?

Non ! Au contraire, c’est un bonheur d’écrire pour des gens que l’on connaît bien, qui nous font confiance. On a la chance de pouvoir se parler : "J’aime pas ça, pourquoi tu lui fais faire ça ?"..." Eh bien parce que ceci ou cela… "… "Ah oui, tu as raison ! Je n’avais pas vu ça comme ça…". Pour nous, tout scénariste expérimenté que l’on soit, on peut se tromper. Ce qui est formidable, c’est que sur le tournage, au dernier moment, on peut discuter avec les comédiens et le réalisateur et découvrir que le dialogue est plus ou moins tonique et justifie une modification.

Vous évoquez l’expérience, les doutes éventuels sur l’écriture. Comment acquiert-on la confiance en soi, comment sait-on que "cette" histoire est bonne et mérite d’être à l’écran ?

La première chose : Sophie, ma coscénariste, et moi écrivons en duo. Chacune écrit des séquences précises, puis nous lisons ce que l’autre écrit, et nous critiquons. Le résultat doit nous séduire et nous amuser. La confiance s’installe peu à peu, et, en cas de panne d’inspiration, nous nous redonnons mutuellement des idées.
Ensuite, nous faisons des lectures devant les autres comédiens qui sont emballés ou pas par le texte. Parfois, le monde n’étant pas fait que de gros flatteurs, certains nous invitent à le remanier. Ce recul favorise notre créativité. Lu par les départements fictions des chaînes, les producteurs, le texte ne part jamais en tournage dès le premier jet.

Comment avez-vous su que vous étiez faite pour l’écriture de sketches ?

Je n’ai pas osé tout de suite. J’étais d’abord une spectatrice qui adorait rire aux spectacles de Feydeau et aux Classiques donnés à la Comédie Française par Robert Hirsch, Jacques Charon. Au départ, je n’ai écrit que pour jouer. Il y a moins de rôles pour les femmes, et sans relations dans ce milieu d’artistes, sans une formation classique au Conservatoire, l’écriture a été ma manière de me fabriquer du travail. L’opportunité de participer à l’émission de Philippe Bouvard m’a donné m’a chance.

Télévision, théâtre, cinéma, avez-vous une préférence ?

J’ai eu plus de propositions au théâtre, qui est le premier métier d’un comédien, car il est alors totalement maître de ce qui se passe sur scène. Ce sont des plaisirs différents. Au théâtre, on est tout de suite en contact avec le public, on entend les rires, la qualité de silence. On peut modifier, affiner l’interprétation de soir en soir. Sur un tournage, le plaisir est celui du jeu avec les partenaires, du travail en équipe. Il faut faire confiance au metteur en scène et être plus sur l’instant et sur l’instinct.

Quels sont les personnages que vous n’avez pas encore joués et qui vous plairaient ?

J’ai joué très peu de choses au cinéma et à la télévision, donc, le champ est vaste. J’aime beaucoup les personnages en rapport avec une réalité historique. Quand on me confie un rôle, je suis déterminée à le défendre au mieux, à trouver ses aspérités, son originalité. J’ai l’humilité de penser au public, mais surtout au rôle lui-même, et non pas à ce que je veux y mettre. Ce qui m’importe, c’est ce que le personnage apporte au film ou à la pièce, ce que l’auteur a voulu dire en le créant. A contrario, être engagée uniquement pour faire la rigolote de service ne me séduit pas vraiment, j’aime bien que les personnages aient du sens. Je serais ravie d’interpréter une méchante, une Cruella, pour comprendre comment on en arrive là.

Pour un comédien qui sait jouer, on pourrait presque dire qu’il peut tout jouer. Le rôle et le texte font qu’il va jouer ou pas la sensibilité, mais la seule chose qui importe réellement, c’est la sincérité dans ce que le personnage pense. Savoir être humble devant un personnage permet de jouer toute une palette d’émotions.
Si on veut juste être vu, on peut être présentateur ; être comédien, c’est aimer les textes. Nous sommes tous un peu narcissiques, mais si on n’a que cela, cela donne des personnages plus creux.