05 novembre 2009

Jerry Lee Lewis : le diable aux trousses

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Jerry Lee Lewis par Guy Peelaert-Rock Dreams-Exposé au musée Maillol

Jerry Fous l'Feu, hissé à la force du gosier sur le trône de whiskyland par la grâce de Satan et la puissance de Dieu qui maintient son suppôt éperdu au bord du gouffre depuis 70 ans !

This Man doesn't play Rock'n'Roll....... He is Rock'n'Roll" Bruce Springsteen.

"-La réaction des foules ne vous apporte-t-elle pas un peu de bonheur ?
-Satan ? Il est le plus puissant après Dieu. Il vous entraînera...dans les profondeurs de...la souffrance.
-En quoi Satan tire-t-il bénéfice du fait que vous distrayez les foules ?
-Parce que j'entraîne le public en enfer avec moi. Comment puis-je les emmener au paradis avec Whole lotta shakin' goin' on ?
Nul ne peut servir deux maîtres : ou bien il haïra l'un et aimera l'autre, ou bien il s'attachera à l'un et méprisera l'autre."

"La scène rock actuelle est incroyablement conservatrice" disait le chanteur Sting (Metro-27 octobre 2009)
"Aujourd'hui, la question n'est pas de savoir comment devenir une rock star mais plutôt comment le rester".

Ce  soir, 5 novembre 2009, au Grand Rex, à 20 h, se produira celui qui a su le rester et devenir une "légende vivante", en dépit des adjuvants et substances toxiques de toute nature, ingurgités depuis qu'il a mis plein gaz sur la route du rock, de la country et de la fantasia des vandales de la musique qui consume ses mages, d'amour, de rage, de désespoir, et de gloire.

"Je ne me suis jamais considéré comme le plus grand, mais je suis le meilleur"

Jerry Lee Lewis dit Le Killer, "C'est comme ça que mes amis m'appellent. Je détestais déjà ce nom quand j'étais gosse, mais il m'est resté collé. Je ne crois pas qu'ils disaient tueur, comme pour dire que j'allais tuer les gens. Je crois qu'ils voulaient dire que j'étais un tueur sur le plan musical. Mais je suis un sale fils de pute. Un mec bien. Jamais fait de mal à ceux qui se sont pas mis en travers de mon chemin. J'ai une sale tendance en moi. Elvis l'avait aussi, mais il l'a cachée. Moi, je la cache pas. Il faut que je la laisse s'exprimer de temps en temps. Elvis...Ce fils de pute s'est défoncé à mort. Son coeur était deux fois plus gros que la normale, avec toute cette défonce qu'il avait pris. Je
vais vous dire ce qu'il était. C'était un toxicomane. Moi, je suis un alcoolique".

Jerry, Jerry, Jerry, dévoré au plus profond des tripes par le boogie-woogie, le gospel, le blues, le hillbilly, musique des"péquenots des collines", rebaptisée country & western après la seconde guerre mondiale.

Comme Elvis, né en 1935, dans une famille aimante, pauvre, du Sud des Etas-Unis où la ségrégation raciale donne naissance à la race music, celle  des labels créés pour le public noir américain, "African Americans".
Le disque permet aux anciens esclaves, affranchis, migrant vers les villes du nord pour y travailler, d'emporter avec eux le blues, le jazz, le gospel, et de faire découvrir ces musiques à tout le continent.

Jerry Lee, adoré des filles dès ses treize ans, idole de Ferriday  et d'Angola, où il se brise le fémur jusqu'au bassin en jouant au foot. Il continue de jouer du piano, la jambe droite plâtrée rejetée sur le côté, position étrange qu'il gardera toute sa vie, en se mettant au clavier.

Possédé par le chant dès l'enfance : à l'église, en écoutant les vieux disques de son père, en choeur avec les enfants des métayers noirs voisins.

Oh, mon Seigneu', mon Dieu, qu'est i ' arrivé quand Adam a pris la pomme ? (Amen, Amen.)
Oui, le Seigneu' n'avait i' pas dit à c' pauv idiot de pécheur de n' pas écouter cette vilaine femme ? (Amen, Amen.)
Oui, Seigneu', lui avait i' dit ou non ? (Amen, Amen, Oui i' lui avait dit.)
Et qu'est-ce qu'il a fait Adam, hein ?
Oui, Seigneu' après que tu lui avais dit de pas l'faire, qu'est-ce qu'il a fait ?
(Amen, Amen, frère, prêche, prêche, prêche.)

Jerry n'est pas un pilier d'école, il préfère nager, lancer le couteau, lire des illustrés et se déchaîner sur le vieux piano de l'église de l'Assemblée de Dieu de Ferriday. A 10 ans, il réussit à à arracher du piano de son oncle Lee Calhoun, les sons qui le hantent et courent dans sa chair. Il "boit" les voix d'Al Jolson, Jimmie Rogers, Hank Williams, Gene Autry, transforme tout en boogie-woogie, qualifié de musique du diable par les Eglises, qui interdisent les "musiques et les airs à se trémousser".

Adolescent, il lit la rubrique "Chez les gens de couleur" du Concordia Sentinel, un hebdomadaire publié à Ferriday. Il y découvre les noms des meilleurs joueurs de blues qui vont se produire dans "La Grande Maison de Haney" une boîte de nuit située au coeur du quartier noir de la ville.

Sunnyland Slim "Le Maigrichon du Pays du Soleil"
Big Maceo "Le Gros Maceo"
Muddy Waters "Eaux Boueuses"
Roy Milton & his Solid Senders "Roy Milton et ses Mecs de Première Bourre"
Memphis Slim & his House Rockers "Le Maigrichon de Memphis et ses Gars qui Cassent la Baraque"
Ray Charles
Bobby Bland et Blues Boy King "Le Garçon du Blues"

Au cours de ces années 1945-1950, le vieux blues rural évolue vers le rythm & blues, puis le rock'n'roll. Le "Big", Will Haney, comme les autres propriétaires de clubs noirs, refuse l'entrée aux blancs, a fortiori à ceux qui n'ont pas encore de barbe au menton.

"On descendait là-bas, on vendait des journaux, on cirait des godasses, ce genre de trucs, et on continuait comme ça jusqu'à ce que personne ne fasse plus attention à nous ; alors on se débrouillait pour passer la porte. Et les gars là-dedans étaient tellement bourrés qu'ils pouvaient même plus mettre un pied devant l'autre. Mec, on se faufilait la-dedans, et le vieux Haney, il nous attrapait. Il disait : "Nom d'un chien, votre oncle Lee, y va s'pointer et y va nous tuer, vous et moi !" Et il nous jetait dehors. Mais j'ai entendu un tas de bons trucs au piano là-bas, ça c'est sûr. Mec, ces vieux types noirs, ils débarquaient dans ces vieux  autobus, avec les pieds qu dépassent des fenêtres, en mangeant des sardines. Mais j'peux t'le dire, ils savaient vraiment jouer de la musique-ça, c'est garanti".

Lorsqu'arrive son tour de savoir jouer de la musique, Jerry Lee devient la terreur des autres musiciens, entre autres ceux de Chuck Berry, pourtant vaccinés : "We're not going to continue the show with that cracker". Le cinglé, Jerry Lee, participe  le 28 mars 1958, à une tournée de vedettes organisée par Alan Freed, animateur et producteur radio.

Imprégné de son succès de 1957, il a exigé de clôturer le spectacle. Chuck Berry, autre star présente ce soir là au Paramount de Brooklin, veut lui aussi passer en final. Alan Freed tranche la querelle : Chuck Berry, plus ancien dans le rock'n'roll fera la clotûre.

Jerry Lee  passe donc avant Chuck, comme prévu. Hurlant, vociférant, il "casse la baraque" et transforme les spectateurs en une tornade prête à grimper au plafond quand il entonne Great balls of fire. Au plus fort du chaos, il sort de sa poche une bouteille de Coca remplie d'essence, asperge le piano, tout en continuant à jouer, frotte une allumette et martèle les touches en feu jusqu'à rendre la salle frénétique.
Rentrant en coulisses pour laisser la place à Chuck Berry, il lui lance très calmement : "Assure après ça, négro."   


Commentaires

Bravo Jerry Lee, un des grand comiques du siecle, nom d'un chien!
http://www.braquedubourbonnais.info/fr/nom-chien.htm

Ecrit par : Nom d'un chien | 06 novembre 2009

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Exactement ! il faut des générations pour fabriquer ce genre de zigoto.

Ecrit par : Anne | 07 novembre 2009

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